Tu as sûrement déjà croisé des listes d’aliments « spécial règles » un peu partout, avec des promesses de cycle qui devient magiquement plus doux si tu manges les bonnes choses au bon moment.
L’objectif ici c’est de te donner une version plus honnête : ce qui est vraiment documenté, ce qui relève du bon sens, et ce qui est simplement du marketing bien habillé.
L’idée c’est que tu repartes avec des repères solides et de pas intellectualiser outre mesure l’alimentation en fonction des différentes phases du cycle comme on peut le voir dans la grande mode du “cycle syncing”..
Moi c’est Diana Janeiro, naturopathe fertilité et ancienne sage-femme pendant 15 ans en maternité. J’accompagne les femmes chez qui la grossesse tarde à venir à mieux comprendre leur cycle et à soutenir leur fertilité naturellement, en complément du suivi médical. C’est cette même approche, concrète et sans promesse magique, que je t’apporte dans cet article.
Sommaire
ToggleLes règles qu’est ce que c’est ?
Petit rappel avant de commencer : les règles correspondent à l’élimination de la muqueuse utérine (l’endomètre) quand il n’y a pas eu de fécondation. Elles marquent le début d’un nouveau cycle menstruel et durent en général entre 3 et 7 jours.
Au cours de ce phénomène physiologique et normal, on perd donc du sang, et avec lui du fer. Ce n’est pas un détail, l’OMS estime qu’environ 30% des femmes de 15 à 49 ans dans le monde sont touchées par l’anémie, dont la cause la plus fréquente est justement la carence en fer.
Pourquoi l’alimentation peut-elle influencer le bien-être pendant les règles ?
La perte de sang et les besoins en fer
Pendant les règles, tu perds du sang, donc du fer. C’est le point le plus solide de tout cet article, ce n’est pas une théorie, c’est de la physiologie de base. Si tes règles sont abondantes ou que tu ressens une fatigue marquée pendant cette période, ton corps a des besoins en fer plus élevés que le reste du mois. C’est là que l’alimentation a un rôle concret à jouer.
Les douleurs
Les crampes menstruelles sont liées à la production de prostaglandines, des molécules qui déclenchent les contractions utérines nécessaires à l’évacuation de l’endomètre. Plus leur taux est élevé, plus les contractions et la douleur ont tendance à être marquées. Les oméga-3 entrent en compétition avec les oméga-6 au niveau des enzymes qui fabriquent ces prostaglandines, ce qui peut faire pencher la balance vers des prostaglandines moins inflammatoires.
Et comme je le rappelle toujours si les douleurs liées aux règles sont trop importantes et qu’elles ont un retentissement sur la qualité de vie il est INDISPENSABLE de consulter son pro de santé pour explorer ce qu’il y a derrière ces douleurs
Les variations hormonales, l’appétit et les fringales
Beaucoup de femmes remarquent une hausse naturelle de l’appétit avant et pendant les règles.
Ce n’est pas dans ta tête : après l’ovulation, la progestérone augmente et entraîne une légère hausse du métabolisme de base, ce qui peut expliquer une faim plus présente sur toute la deuxième partie du cycle.
Juste avant les règles, c’est plutôt la chute de la progestérone (et des œstrogènes) qui est associée aux fringales plus marquées et à l’inconfort du syndrome prémenstruel. Ce que la science ne dit pas en revanche, c’est qu’il faille manger différemment selon la phase du cycle pour « corriger » ça, on y revient plus loin.
Les ballonnements, la rétention d’eau et la digestion
Les fluctuations hormonales peuvent influencer la sensation de ventre gonflé et le transit. C’est une plainte très fréquente, mais les données alimentaires spécifiques au cycle restent limitées. Ce qui aide, c’est surtout ce qui aide en dehors des règles aussi, une bonne hydratation, des fibres, moins de sel.
Quels aliments et nutriments privilégier pendant les règles ?
Le fer : pour compenser les pertes liées aux menstruations
C’est le nutriment numéro un à surveiller pendant cette période, particulièrement si tes règles sont abondantes.
Les sources animales de fer
Le fer dit « héminique », présent dans la viande rouge, le foie, les abats, les moules, les sardines et les huîtres, est le mieux absorbé par l’organisme.
Si tu manges de la viande ou du poisson, ce sont tes meilleures sources.
Les sources végétales de fer
Le fer « non héminique » se trouve dans les lentilles, les pois chiches, les haricots, le tofu, les graines de courge, les épinards et le quinoa.
Il est moins bien absorbé que le fer animal, mais reste une source très intéressante puisqu’elle vient avec des fibres, surtout combiné avec le bon geste au bon moment.
Comment améliorer l’absorption du fer d’origine végétale?
Associer une source de vitamine C au même repas (poivron, agrumes, kiwi, persil) améliore nettement l’absorption du fer non héminique. À l’inverse, le café, le thé et les aliments très riches en calcium pris pendant ou juste après le repas la réduisent, mieux vaut les décaler d’une heure ou deux.
Le magnésium : pour le confort musculaire et nerveux
Le magnésium a montré un intérêt dans plusieurs essais sur les crampes et certains symptômes prémenstruels, avec un niveau de preuve correct sans être aussi robuste que celui des oméga-3.
Le chocolat noir
Riche en magnésium, il peut avoir sa place dans une alimentation équilibrée pendant les règles, dans une quantité raisonnable et sans en faire une prescription.
Les amandes, les noix et les graines
Amandes, noix de cajou, graines de courge et de tournesol sont de bonnes sources de magnésium à intégrer facilement en collation.
Les oméga-3 : un indispensable
C’est l’un des points les mieux étayés scientifiquement dans tout cet article. Plusieurs méta-analyses d’essais randomisés montrent que les oméga-3 réduisent l’intensité des douleurs menstruelles. (Mohammadi et al. 2022 ; Sipe et al. 2024). Une petite nuance à apporter dans ces études les omégas 3 étaient envisagés sous forme de complémentation.
Les poissons gras
Maquereau, sardines, truite (notamment fumée), hareng, anchois et saumon en sont de bonnes sources. Le thon en contient aussi, mais c’est un poisson prédateur qui accumule davantage de méthylmercure, à limiter en conséquence.
L’ANSES recommande de consommer du poisson deux fois par semaine, en associant un poisson gras riche en oméga-3 (saumon, sardine, maquereau, hareng) et un autre poisson (colin, merlu, cabillaud, sole), tout en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement pour limiter l’exposition aux contaminants.
Les graines de lin et de chia
Bonnes alternatives végétales, à consommer moulues pour mieux assimiler leurs acides gras.
Les noix et les huiles végétales
Les noix et l’huile de colza ou de noix apportent aussi des oméga-3, en complément d’une alimentation globalement variée.
Les glucides complexes : pour une énergie plus stable
Rien de spécifique aux règles ici, mais un principe de nutrition générale qui prend tout son sens quand l’énergie est plus fluctuante.
Les céréales complètes
Riz complet, avoine, quinoa, pain complet, apportent une énergie plus stable que leurs versions raffinées.
Les lentilles, pois chiches et autres légumineuses
Elles combinent fibres, glucides complexes et fer, un trois-en-un intéressant sur cette période. Sans oublier leur apport intéressant en protéines.
Autres sources de glucides complexes
On peut aussi compter sur les patates douces et autres tubercules comme sources de glucides complexes, à intégrer dans une assiette équilibrée avec des fibres et des protéines.
Les protéines : pour la satiété et le maintien de l’énergie
Les protéines animales
Viande, poisson, œufs, produits laitiers, pour la satiété et le maintien de la masse musculaire.
Les protéines végétales
Coté végétal, on retrouvera le tofu et les autres dérivés du soja comme les PST (protéines de soja texturé) ou le tempeh, le seitan, les légumineuses et les oléagineux.
Les vitamines, minéraux et antioxydants
Les légumes verts à feuilles
Épinards, blettes, brocolis, apportent du fer, du magnésium et des folates, une base solide au quotidien, et pendant les règles.
Les fruits frais
Une alimentation variée en fruits, plutôt qu’un fruit en particulier, est associée à un meilleur confort menstruel dans certaines études observationnelles. Rien de magique dans une variété précise, la diversité compte plus que le choix d’un fruit star.
L’eau et les aliments hydratants
Une bonne hydratation reste une base simple et indispensable, notamment pour limiter la sensation de ballonnement. Concombre, pastèque, soupe, courgette peuvent y contribuer en complément de l’eau.
Quels aliments limiter pendant les règles ?
Les aliments très salés
Un excès de sel favorise la rétention d’eau, ce qui peut accentuer la sensation de ventre et/ou jambes gonflés.
Les produits très sucrés
Un pic de sucre suivi d’une chute peut accentuer la fatigue et l’instabilité de l’énergie dans la journée, sans lien spécifique aux règles mais avec un effet ressenti plus fort quand le corps est déjà sollicité.
Les aliments très gras ou ultra-transformés
Ils apportent peu de nutriments intéressants sur cette période où les besoins (fer, magnésium, oméga-3) sont justement plus marqués.
L’alcool
L’alcool peut accentuer la fatigue et perturber le sommeil, deux paramètres déjà mis à l’épreuve pendant les règles pour certaines femmes.
Les aliments mal tolérés individuellement
Chaque corps réagit différemment. Si tu remarques qu’un aliment précis aggrave systématiquement tes symptômes, cette observation personnelle vaut largement plus que n’importe quelle liste générale.
Quelles boissons privilégier pendant les règles ?
L’eau
La base, sans surprise, et souvent négligée quand l’appétit et les envies prennent toute la place.
Les tisanes et les boissons chaudes
Une boisson chaude a un effet apaisant et peut aider à se détendre, ce qui compte aussi pour le confort général pendant les règles.
Les boissons à limiter
Sodas très sucrés, boissons énergisantes et alcool, pour les mêmes raisons évoquées plus haut sur le sucre, la caféine et l’alcool.
Comment organiser ses repas pendant une semaine de règles ?
La composition d’une assiette équilibrée
Pas besoin de menu spécial, une assiette équilibrée classique fait très bien le travail sur cette période : une portion de protéines (animales ou végétales), des légumes à volonté, une portion de glucides complexes, une source de bonnes graisses (huile de colza, oléagineux, poisson gras).
L’idée n’est pas de manger différemment, mais de veiller à ne pas sauter les nutriments qui comptent le plus en ce moment, fer en tête.
Les aliments à préparer à l’avance
Sur les jours où l’énergie est plus basse, avoir sous la main quelques bases prêtes fait une vraie différence, une portion de légumineuses déjà cuites, une soupe au congélateur, des oléagineux en petit format, quelques carrés de chocolat noir, des légumes déjà préparés (picard est ton ami !)
Rien de compliqué, juste de quoi ne pas se retrouver à improviser un repas rapide et peu nutritif au pire moment.
Faut-il adapter son alimentation à chaque phase du cycle menstruel ?
Tu as peut-être déjà vu passer l’idée qu’il faudrait manger différemment selon la phase du cycle, des légumes racines pendant les règles, des aliments détox en phase folliculaire, des glucides en phase lutéale.
Cette approche, souvent appelée « cycle syncing », à le vent en poupe sur les réseaux, mais je vais être franche avec toi, il n’existe pas de données scientifiques robustes qui la valident en tant que système. Elle est essentiellement promue par des personnes qui ont des programmes alimentaires et ou sportifs a te vendre sur le sujet.
Ce qui est réellement documenté, c’est beaucoup plus modeste : une hausse spontanée de l’appétit en phase lutéale, liée à la progestérone. C’est une observation physiologique intéressante, pas une base suffisante pour construire quatre régimes différents par mois.
Donc c’est tout a fait normal d’avoir davantage d’appétit en 2ème partie de cycle !
Ça ne veut pas dire non plus que ton corps ne change pas au fil du cycle, il change, et c’est normal d’avoir plus faim à certains moments ou moins d’énergie à d’autres. Mais plutôt que de suivre un protocole alimentaire rigide phase par phase, mieux vaut rester à l’écoute de tes sensations réelles et t’appuyer sur les nutriments dont l’effet est vraiment démontré, comme on vient de le voir. C’est moins vendeur qu’une checklist par phase, mais c’est ce qui tient vraiment la route.
Les erreurs fréquentes à éviter
Chercher un aliment miracle
Aucun aliment ne va, à lui seul, transformer tes règles. Le fer, le magnésium, les oméga-3 ont un vrai appui scientifique, mais leur effet est progressif et modéré, pas spectaculaire on ne va pas se mentir.
Supprimer trop de catégories d’aliments
Éliminer le sucre, le gluten ou les produits laitiers « pour mieux vivre ses règles » n’a pas de justification scientifique solide dans la très grande majorité des cas, et peut créer plus de frustration que de bénéfice réel.
Mieux vaut ajuster en douceur ce qui compte vraiment (fer, oméga-3, hydratation) que de tout restreindre d’un coup.
Que manger pendant les règles, au final, ce qu’il faut retenir
Il n’existe pas d’alimentation magique pour les règles.
Ce qui fait vraiment la différence, c’est de conserver une alimentation globalement équilibrée, en gardant une vigilance particulière sur les aliments riches en fer pour compenser les pertes.
Pas besoin de tout changer ni de suivre un protocole strict phase par phase, juste d’écouter ce dont ton corps a besoin, et de lui donner ce qu’il lui faut.
